Païens et chrétiens



Geneviève Béduneau




          Le « Dieu des chrétiens » repoussé par la plupart des néo-païens, d’Alain de Benoist à Bruno Favrit (1) en passant par Marcel Gauchet, n’est pas le mien ni celui de la théologie des Pères. Je ne suis même pas sûre que ce soit celui du filioque et du concile de Trente auquel les orthodoxes ont de nombreux reproches à adresser – mais pas les mêmes. Alors où l’ont-ils déniché, ce Dieu de pure transcendance, de pouvoir et de colère, jaloux comme un barbon ayant épousé une pucelle, séparé de tout et de tous, ce solitaire et cet implacable père qui sacrifie son fils à sa propre grandeur ? Ce fondateur d’une histoire purement linéaire, donc non rythmique ? L’insistance mise à dénoncer « les monothéismes » me suggère qu’il s’agirait d’un mixte entre le Coran, certains commentaires talmudiques et l’interprétation calviniste de la Bible. L’ennui, c’est que ce Dieu syncrétique n’est celui de personne et surtout pas de l’Eglise des 7 premiers conciles (2). Quant à la Bible, si elle fourmille de presciences eschatologiques, elle n’a jamais rejeté la composante cyclique du temps (3).


                                              


          On doit alors se demander à partir de quelle vision du paganisme parlent ceux qui accusent le judéo-christianisme d’avoir éradiqué le sacré. En général, leur argumentaire se déploie selon trois axes :

1. la structure de la société (hiérarchie, identité, différenciation)

2. la structure du temps (cycles et rythmes)

3. l’insertion de l’homme dans la nature

Rien de tout cela n’est contraire au christianisme, pas plus au texte des Evangiles qu’aux actes des conciles.


          Nous y reviendrons plus loin, mais j’aimerais insister dès maintenant sur un point essentiel. L’égalitarisme tant reproché n’est pas chrétien. Le Christ lui-même a introduit une hiérarchie parmi ses disciples : le cercle intérieur des Douze, l’ensemble plus large des 70 ou 72, la mouvance mal définie de ceux qui le suivent parmi lesquels un groupe de femmes, enfin ceux que le père Carmignac et Claude Tresmontant nomment les disciples secrets, ceux de Jérusalem. L’Eglise qui en résulte se structure sur la conciliarité… des évêques, chacun chef incontesté de son diocèse. Rome rendra même cette structure totalement pyramidale lors de la réforme grégorienne en posant le pape comme évêque des évêques. Le commandement d’amour mutuel ne signifie ni l’uniformité ni l’égalité : il s’agit d’aimer comme Dieu aime, d’un amour kénotique tel que le plus grand se penche vers le plus petit et l’élève spirituellement, tel que le pouvoir devient consciemment service.


          Le désir du pouvoir, cristallisation stérile de la hiérarchie quand il devient passionnel, est le plus subtil des pièges – disons du diable pour faire court. En effet, qui le reçoit trouve dans le paquet cadeau ce qu’il n’avait sans doute pas prévu, l’obligation de résoudre tous les problèmes qui se posent à son peuple et que tout le monde se fera un plaisir de lui soumettre. « Eh, m’sieur ! Y a plus d’papier dans les toilettes ! – Eh, m’sieur, l’ampoule a grillé ! – Sire, ils n’ont plus de pain ! – Sire, les loups dévorent les enfants en Gévaudan ! – Sire, les marins anglais rossent les vôtres... » Profondément, fondamentalement, tout pouvoir est service, devoir de médiation, de paternité, d’épiclèse et de bénédiction, d’amour kénotique. Il faut voir le roi comme en oblation. Les traditions qui le sacralisent ne s’y sont pas trompées, faisant même dépendre de lui l’abondance des récoltes, des troupeaux et des sources, la surabondance de la vie. Et c’est pourquoi tout pouvoir est don divin. Mais celui pour qui le pouvoir n’est que passion de dominer, ivresse de se percher en haut de l’échelle, ne peut atteindre à l’amour kénotique et donc ne peut utiliser et ressentir son pouvoir que dans la destruction, laquelle le désertifie intérieurement plus sûrement que toute autre passion. Les tyrans finissent mal pour la plupart. Et surtout finissent seuls.


*


          L’égalitarisme chrétien est en somme une légende dont il convient de se défaire pour trouver l’amour kénotique. A la limite, si j’élève l’autre, ce n’est pas à mon niveau mais au dessus de moi. C’est ce que signifie l’humilité, terme qui dérive du latin humus, terre féconde. Il s’agit de toucher terre, à tous les sens du terme, non pour l’écrasement mais pour un ressourcement comme l’exprimait déjà le mythe d’Antée. La grande métanie monastique, cette prosternation front contre terre devant l’autre, réplique un très ancien rite du sujet égyptien devant Pharaon. D’où vient ce geste ? On pourrait songer aux rites de soumission qui désarment l’agressivité animale, mais l’animal se rend vulnérable, offre gorge et ventre à la morsure, se met à la merci du dominant. A rebours, le prosterné n’expose que son dos, partie la moins vulnérable de son corps et cache au roi tout ce qui humanise : le visage, les mains, le sexe. Il se présente comme terre plutôt que comme autre. En le relevant, sinon le rite n’a plus de sens, le roi – ou le roi virtuel qu’est le moine devant qui s’humilie son frère – le découvre et le confirme dans son humanité, son altérité. Notons que le sens se perd aussi lorsqu’on le remplace par l’agenouillement qui hiérarchise la taille respective des protagonistes, coupe les jambes et interdit la démarche. La plus grosse bêtise de Marie de Médicis fut d’imposer cette posture aux membres du Parlement. C’est façon d’humilier l’autre, de le faire rentrer en terre en se tenant devant lui, seul debout ou dans le confort du fauteuil, seul à taille humaine. L’inverse de la kénose. Alors que dans le monachisme, celui qui fait la métanie reconnaît la royauté spirituelle de l’autre. Il n’efface pas la hiérarchie mais la creuse temporairement entre pairs.


          L’autre point sociétal reproché par les néo-païens concerne la proclamation d’universalité du christianisme, ressenti par eux comme une négation de la diversité des cultures et des civilisations. C’est la même analyse que fait Huntington lorsqu’il prédit le choc des civilisations en les définissant par la religion localement dominante. Pourtant, la plus claire expression de la trifonctionnalité indoeuropéenne nous vient du moyen âge chrétien et l’apôtre Paul recommandait déjà de « se faire Grec avec les Grecs et Juif avec les Juifs », reconnaissant explicitement la spécificité de chaque peuple. La mission confiée à ses disciples par le Christ lors de son Ascension, si elle donne à la Bonne Nouvelle une portée universelle, va aussi dans le sens d’une reconnaissance de l’identité des Nations (4).


          La seconde critique que font les néo-païens à ce qu’ils nomment le judéochristianisme concerne la structure du temps et la qualification de l’espace. J’ai déjà largement traité ailleurs de la question du temps (5) et je n’y reviendrai pas ici. Il me semble plus important d’interroger ce que Marcel Gauchet et Alain de Benoist regrettent après Max Weber comme « désenchantement du monde » avec un argument d’ordre plus philosophique qu’historique : si l’on admet un Dieu transcendant et créateur de l’univers, alors la création n’a forcément plus rien de sacral.


          Admettons, encore que l’argument soit un peu court. Mais encore faut-il démontrer que le Dieu des théologiens est pure transcendance. C’est peut-être vrai dans l’islam si l’on excepte le soufisme. Quand on parle du judaïsme et du christianisme, les choses sont moins simplistes que cela. Toute la Bible est traversée de théophanies qui, au moins temporairement, inscrivent la présence divine au cœur même de la création : c’est Béthel dont le nom signifie « maison de Dieu », où Jacob rêve de l’échelle parcourue par les Anges et, lorsqu’il veut élever une stèle, s’entend dire de prendre une pierre non taillée car le ciseau la profanerait ; c’est le Buisson ardent devant lequel Moïse doit retirer ses sandales « car la terre sur laquelle tu te tiens est une terre sainte » ; c’est la grande théophanie du mont Sinaï ; c’est aussi la grotte depuis laquelle Elie voit passer le Seigneur comme un souffle doux et léger suivant le séisme et l’orage.


          Le terme « Dieu » est ambigu et sans doute faut-il remercier Alain de Benoist de l’avoir souligné (6). Sans remonter au *deyw-o indoeuropéen qui signifie le ciel diurne, en nous bornant au théos grec, remarquons que ce terme change de sens lorsque les « Septante » et leurs continuateurs l’utilisent pour traduire les termes bibliques Ælohim, IHVH ou Adonaï (7). Ce terme théos est d’ailleurs tardif, peu employé en grec archaïque. Homère et surtout Hésiode ne parlent que de puissances naturelles, les Titanides, et culturelles, les Olympiens (8). Puissances encore, les neter du panthéon égyptien, les regin scandinaves. Comme dit joliment Michel Boccara, les « dieux » sont tous des esprits de la brousse, des agrégats psychiques ou des puissances de la nature. Cet aspect demeure dans le christianisme orthodoxe où certains de ces esprits de la nature figurent dans les icônes, en particulier des fleuves sous la forme d’un vieil homme (9) et n’a disparu d’occident qu’avec la réforme grégorienne et le triomphe de l’augustinisme. On sait combien Augustin, marqué par le manichéisme, n’a pu se défaire d’un pessimisme radical envers l’homme et la nature. Homère emploie théos pour désigner la divinité en général, la volonté ou l’influence active des puissances. L’ennui, c’est que les dictionnaires ont tellement accepté l’équation théos = dieu, qu’elle en devient difficilement dépassable. Je proposerais pour ma part de privilégier une traduction par « puissances » et de réserver le terme « Dieu » à la fois au deus otiosus que décèle Mircea Eliade en arrière-fond de toutes les mythologies et au Dieu explicite, impersonnel ou personnel, des philosophes et des religions dites monothéistes. Cela éviterait le plus gros des confusions.


          Si l’on applique cette règle, le « Dieu » trinitaire chrétien devient parfaitement inclassable. Transcendant ? Sans doute, au point que le cœur de toute théologie chrétienne est l’apophatisme : de la nature de Dieu, nul ne peut rien dire positivement. Mais en même temps immanent, présent en toutes les fibres de la création. Unique ? On ne peut plus unique mais en même temps tripersonnel, Père, Fils et Saint-Esprit. Irréductible au Dieu des philosophes, au Sphairos de Parménide, à l’Un de Plotin, au Souverain Bien de Platon : Augustin s’est pris les pieds dans une suite d’apories et de régressions à l’infini pour avoir voulu les identifier (10) et l’Eglise romaine n’y a gagné que de devenir totalitaire. Toute la théologie patristique se fonde sur des antinomies assumées comme celles-ci. Prenons le couple transcendance/immanence. La transcendance personnalise mais, pensée seule, ne peut aboutir qu’à l’écrasement de l’homme par Dieu : si cet écrasement devient volontairement assumé, c’est l’islam ; sinon, le cri de révolte offre la seule chance à l’homme de retrouver quelque dignité, comme l’a vu Nietzsche. L’immanence seule, expression du monisme philosophique, ne peut permettre l’émergence de la relation personnelle et de l’amour vrai puisqu’il n’y a plus de face à face. Pensées ensemble, même et surtout en se souvenant qu’elles n’épuisent pas la réalité divine, la kénose divine permet la relation d’amour entre le créateur et la créature, dans une dynamique éternelle et libre où l’amour devient interpénétration non fusionnelle (11), dynamique rendue tragique par la chute, par le refus de l’homme lorsqu’il se veut seul à définir ses propres valeurs (12).


          Dans la sainteté au sens chrétien du terme, c’est-à-dire l’acceptation de l’inhabitation divine au cœur de l’humanité, la revivification de l’immanence sur le mode de la périchorèse transfiguratrice, le monde n’est jamais désenchanté. Mais la relation de l’homme à la nature et à ses puissances s’inverse. Il ne s’agit plus comme dans les traditions archaïques de rites propitiatoires pour s’assurer les bonnes grâces d’entités pour le moins étrangères à l’homme si ce n’est hostiles, ni de nourrir la cohésion de la cité au travers de la personnification de son égrégore (13), mais que l’homme accomplisse vis-à-vis de la nature sa fonction sacerdotale et la bénisse.


          Dans cette perspective, tout se retrouve et d’abord le temps cyclique au travers de la liturgie et de son inscription cosmique, avec Pâques, fête lunisolaire liée à l’équinoxe de printemps, et Noël au solstice d’hiver. Les anciennes techniques de sacralisation de l’espace sont mises en œuvre : orientation des églises sur les levers et couchers de soleil lors de la fête du saint auquel elles sont dédiées (14), d’où des effets lumineux voulus et signifiants comme à Chartres au solstice d’été, fontaines et sources rattachées à un saint patron, etc. Les vies de saints du haut moyen âge fourmillent de théophanies désignant au héros le lieu de son futur monastère, de liens d’amitié tissés avec les bêtes, de paraboles vivantes porteuses d’un enseignement spirituel.


          Toutefois, quelque chose a bel et bien changé par rapport aux sacralisations anciennes. L’eschatologie oriente effectivement le temps. Dans la perception des cycles, on passe de la roue sans fin à ce que l’on pourrait appeler un spiroïde. Mais il faut rappeler qu’entre les « paganismes » primitifs et le christianisme se place l’âge des philosophes, c’est-à-dire en Inde, des Upanishad, en Perse, de la réforme zoroastrienne et, en Grèce, des présocratiques suivis de Platon. Dans tous les cas, le but du philosophe est de s’évader de la roue des apparences et des recommencements pour passer à une autre réalité, en général dégagée de la matérialité du monde. La rupture des philosophes avec le temps cyclique vécu comme une malédiction est plus importante que celle du christianisme qui ouvre la roue et lui donne sens dans l’eschatologie mais l’assume comme fondamentalement bonne.


          Au bout de ce tour d’horizon, l’opposition païens/chrétiens qu’on nous trompette si puissamment s’estompe singulièrement ou du moins se déplace. Il reste à interroger la diabolisation des puissances naturelles en remarquant que celle-ci ne concerne pas l’orthodoxie mais uniquement le christianisme occidental, Rome en partie et surtout les diverses écoles protestantes. Notons d’abord qu’il ne s’agit pas d’un désenchantement du monde mais de la crainte d’un enchantement qui mènerait à la perte de l’homme. D’où le recours, dans le meilleur des cas, à la bénédiction. Nous avons déjà montré que les rites archaïques étaient surtout des rites de propitiations et que les entités, les puissances de la nature n’étaient pas toujours les amies de l’homme, loin s’en faut. Il suffit de relire l’Odyssée pour s’en convaincre. Dans la bénédiction, il ne s’agit pas de chasser ces puissances mais de les ouvrir à la relation d’amour kénotique, l’homme dans sa fonction sacerdotale devient donateur, intermédiaire de la donation divine. Dans la Genèse, la terre n’est pas donnée à l’homme pour qu’il l’exploite mais pour qu’il la régule, pour la cultiver et la garder, pour un amour kénotique qui l’élève. Et la terre crie en recevant le sang d’Abel. Si la terre crie, c’est bien qu’elle a esprit et voix.


          Comment alors en est-on arrivé à la diabolisation puis au désenchantement du monde tel que décrit par Gauchet et Benoist ?


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Est-il un feu dans les déserts,

Est-il un feu qui nous délivre ?

Il y a quelque chose dans l’air

Qui nous désamorce de vivre !

Jean Vasca


          Mircea Eliade fait remonter les débuts du désenchantement du monde aux Grecs et sans doute n’a-t-il pas tort (15). On sait que Platon interdit sa république idéale aux poètes, c’est-à-dire à ceux qui maintiennent et enrichissent le récit mythique. Il est remarquable que ce fondateur de l’idéalisme philosophique pour qui les modèles éternels l’emportent sur le concret refuse l’imaginal mais accepte marchands et artisans dans son utopie (16). Le commerce est même peut-être la seule activité qu’il ne réglemente pas par anticipation. Par un paradoxe assez juteux, le premier théoricien du goulag (Les Lois) et de la société totalitaire (17) serait-il aussi l’ancêtre du libéralisme économique ? Mais ce paradoxe ne devrait pas nous étonner, car c’est celui de notre société post-moderne où les gardiens (autoproclamés) de la pensée unique et du politiquement correct sont aussi les défenseurs de la mondialisation. C’est encore Platon qui donne au terme mythos le sens de récit mensonger et l’oppose au logos ou discours de raison (18), précurseur ainsi d’un Fontenelle ou d’un Diderot, si ce n’est du positivisme. C’est le premier désenchanteur.


          Nous devons toutefois faire la peau d’une autre idée reçue. Quand il s’oppose à la mythopoièse, Platon n’annonce en rien la démarche scientifique. Sa maïeutique (rappelons que le terme signifie accouchement) n’est pas une véritable interrogation de l’univers mais un art de convaincre et d’amener l’autre à l’acquiescement, en d’autres termes un art de propagande.


          Ramenons le filet. Il contient trois gros poissons dont il serait intéressant de savoir si leur rencontre dans l’œuvre de Platon est fortuite ou si elle résulte de leur nature même :

1. l’accent mis sur le commerce et l’activité économique en général

2. le primat du logos sur le mythos

3. le primat des modèles rationnels a priori sur le réel

A ces trois points s’ajoute le rôle du discours fait pour convaincre et arracher l’acquiescement, donc un art du consensus (19).


          Le commerce n’a certes pas attendu Platon. On trouve trace d’échanges dès le paléolithique. Ce qui m’intéresse ici n’est pas l’activité économique en elle-même mais l’intérêt que lui porte un philosophe qui, par ailleurs, prétend soumettre le réel à des modèles idéaux dont il ne serait qu’un reflet dégradé (20) et régir la société grâce à des gardiens de la pensée et des mœurs formés à l’art de convaincre comme à celui de contraindre et institués en un véritable ordre initiatique qui serait en même temps une milice.


          L’influence du platonisme, encore sensible aujourd’hui comme source d’inspiration idéologique, s’est fait sentir sur toute la philosophie ultérieure. Ce n’est pas un hasard si nous possédons toute son œuvre et seulement des bribes des autres penseurs grecs de la même époque. Nous avons même, en dehors des spécialistes, du mal à comprendre le néoplatonisme des premiers siècles de notre ère comme un retour à une doctrine largement oubliée pendant quelques siècles.


          En dehors même de la pensée juive ou chrétienne, ces trois premiers siècles dominés par deux écoles philosophiques et par les cultes « à mystère », c’est-à-dire initiatiques, sont des temps désenchantés. E. R. Dodds parle d’un âge d’angoisse (21). Ce qui frappe qui se penche sur les écrits de cette époque, c’est leur tonalité très moderne. La petitesse de la Terre par rapport au cosmos, déjà clairement exprimée par les savants hellénistiques, entraîne chez Sénèque, Celse ou l’empereur Marc Aurèle le sentiment du néant de l’être humain. Mais c’est déjà dans Les Lois : « Hommes et femmes ne sont que des marionnettes et ne possèdent en eux-mêmes qu’une petite part de réalité », écrit Platon (22). Un siècle plus tard, Bion de Borysthènes (23) fait déjà du hasard le régulateur de l’univers. De nombreux auteurs soulignent le caractère onirique ou théâtral de l’existence humaine, l’irréalité du monde sensible et donc élaborent la première philosophie de l’absurde.


          Quand E. R. Dodds s’interroge sur le débat entre païens et chrétiens (pp.119-154), il ne cite du côté païen que des philosophes, ainsi que Celse, dont la pensée relève d’abord de la philosophie politique. « Ce qui étonnait tous les premiers observateurs païens, Lucien et Galien, Celse et Marc Aurèle, était la confiance totale que les chrétiens faisaient à des propositions non démontrées, leur disponibilité à mourir pour l’indémontrable. Pour un observateur relativement bienveillant comme Galien, les chrétiens possèdent trois des quatre vertus cardinales : ils montrent du courage, de la maîtrise de soi et de la justice, mais ce dont ils manquent, c’est de la phronèsis, l’insight intellectuel, la base rationnelle des trois autres. » (pp.137-8) En d’autres termes, le « paganisme » qui s’oppose frontalement au christianisme n’est pas le culte polyphonique de l’antiquité profonde mais un rationalisme théiste, version gréco-latine du vedanta hindou. Ajoutons que la phronèsis relève de la raison pratique et non de la raison pure. Aristote la définit comme la faculté de choisir le « juste milieu » dans des circonstances changeantes et en partie imprévisibles. On croirait lire un éloge contemporain de la pensée ou de la religion modérée. Bailly traduit par intelligence raisonnable : c’est le bon sens opposé à la folie, la prudence opposée à l’hubris.


          En d’autres termes, le « paganisme » qui s’oppose au christianisme en ces premiers siècles de notre ère et de l’empire romain (24) s’accommode fort bien d’un monde désenchanté. Dodds remarque d’ailleurs (p.133) qu’« on a pu dire avec de bonnes raisons que Celse était un monothéiste plus conséquent qu’Origène. »


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          En dehors d’un philosophe admirateur du principe d’empire à la romaine, qu’est-ce qu’un « païen » ? Un comparatiste s’appuyant sur les seuls récits mythiques a déjà du mal à dégager le substrat culturel commun à tous les peuples relevant d’une même famille linguistique et ce substrat ne rend pas compte des échanges, des nuances, de la circulation et de la transformation des contes, des rites, des variantes locales et des symboles universels. Dans ce foisonnement complexe, les néo-païens contemporains choisissent des axes qui auraient peut-être étonné leurs ancêtres, comme la « trifonctionnalité indoeuropéenne » dégagée par Georges Dumézil érigée en modèle « identitaire » de société ou l’alliance écologique avec la nature, concept qui eût fait fuir un Grec du siècle de Périclès.


          Les deux mouvances proclament très haut que tout le mal de notre temps vient du christianisme. Les plus bornés lui reprochent son origine sémitique, donc étrangère - oubliant que la plupart des peuples sémites vivaient à l’intérieur de l’empire dont ils formaient l’essentiel de la part orientale, les royaumes eux-mêmes ayant un statut de protectorat. Bornés est le mot juste puisqu’ils conçoivent les cultures comme des ensembles homogènes, profondément anhistoriques, destinés à se juxtaposer dans l’espace comme des termitières autarciques. Une telle vision du monde exclut les échanges et l’un des représentants les plus typés de cette mouvance n’a pas su que répondre quand je lui ai demandé comment ferait l’Europe pour maintenir un haut niveau de civilisation sans matières premières ni pétrole. Mais, en général, les tenants de cette mouvance ne vont pas à ces extrêmes ! Ils rejettent surtout l’égalitarisme dont j’ai montré qu’il n’est pas chrétien et l’eschatologie qu’ils voient comme l’illusion d’une sortie de l’histoire. Là encore, leurs traits ne frappent souvent qu’une caricature.


          Il faut tout de même examiner ce point, encore que les idéologies de la sortie de l’histoire me semblent davantage relever du platonisme que de l’eschatologie chrétienne. Il est piquant de constater que les « néo-païens » accusent les chrétiens à la fois d’avoir inventé l’histoire - le temps linéaire - et de lui voir une issue, de la résorber dans la « cité de Dieu » pour reprendre le mot d’Augustin. Mais temps linéaire, temps cyclique et temps immobile sont en fait trois noyaux conscientiels que chaque homme peut éprouver, que chaque culture a plus ou moins valorisés sans ignorer totalement les autres. Le temps liturgique chrétien est par excellence cyclique, entrelaçant chaque année un cycle développé de trois ans ou de trois temps : théophanique, pédagogique et mystérique. Théophanique : c’est le temps qui va de l’Annonciation au baptême du Christ dans le Jourdain en passant par Noël ; pédagogique : le rappel de l’enseignement du Christ ; mystérique : de la Transfiguration à la Pentecôte en passant par la croix et la Résurrection.


          De même que l’expression la plus nette de la trifonctionnalité ne se trouve pas dans la loi romaine ni dans celle des cités grecques mais au début du moyen âge chez le chrétien Raoul Glaber, la liturgie chrétienne est peut-être le rite le plus pleinement cyclique puisque tous les éléments qui le composent ont leur périodicité propre et s’inscrivent dans les rythmes cosmiques. Mais les mêmes néo-païens qui reprochent aux « judéochrétiens » la valorisation du temps linéaire et de l’histoire renâclent quand on leur fait constater cette cyclicité et son appui sur le cosmos, accusant alors l’Eglise de plagiat. Argument admirable ! Je ne vois pas pour ma part comment mettre dans l’antiquité le solstice d’hiver un autre jour que le 25 décembre ni quel autre jour serait plus cohérent avec la nativité de Celui qui est « Lumière de Lumière ». On me rétorquera que ce n’était sans doute pas le véritable jour de la naissance de Jésus. Qu’en savent-ils, nos critiques qui agitent cet argument comme une évidence universitaire depuis Loisy ? Rien de plus que moi, c’est à dire rien. La tradition orale, par définition, échappe à l’histoire. La différence entre eux et moi, c’est que pour eux une date qui fait sens ne peut être que fausse alors que je pense que, si Jésus est Dieu incarné, il peut avoir rendu sa naissance cohérente avec les rythmes de sa création comme avec les attentes sourdes de l’humanité et que l’on doit s’attendre à ce que toute date de sa vie fasse sens. Mais c’est là franchir l’abîme de la foi. Qu’au moins les critiques universitaires aient le courage de dire que leur refus du sens vient de leur refus de la foi, volontaire ou non. Ce serait plus clair et parfaitement légitime. J’ai plus de mépris pour les intellectuels qui se disent chrétiens mais adoptent le même refus du sens pour faire plus sérieux à la Sorbonne ou aux éditions du Cerf.


          Que reste-t-il alors de l’invention de l’histoire ? Uniquement ceci : Jésus est un personnage historique, né sous Hérode le Grand et crucifié à Jérusalem sous Ponce Pilate. Même s’il s’agissait d’un personnage imaginaire - thèse que plus personne ne défend sérieusement -, il s’inscrirait encore dans une époque et un lieu précis, la Galilée et la Judée au début de l’empire romain. Le premier imperator est Octave Auguste (-63, +14), détenteur de l’ensemble des pouvoirs civils et religieux depuis -27. La naissance de Jésus a lieu sous son règne. Son successeur Tibère, né en -43, meurt en 37, il est donc de plus contemporain de la crucifixion. On n’insistera jamais assez : l’empire et le christianisme croissent ensemble.


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          Derrière la question de l’histoire se profile celle de l’identité culturelle. Le deuxième reproche fait aux monothéismes serait de privilégier l’universel aux dépens de l’enracinement. Comme Huntington assimile le religieux à l’identitaire dans son Choc des civilisations (25), les néo-païens reprennent l’ancien concept des Dieux de la cité mais en excluant le christianisme des racines légitimes. Effacer près de 1700 ans de la mémoire des peuples (26) pour renouer avec une identité sur laquelle nous avons plus de spéculations que de certitudes a quelque chose de surréaliste quand on y pense.


          Cette revendication de retour aux origines, à la pureté et à la grandeur, n’est pas neuve. C’est celle de l’Egypte saïte, des sécessions gauloises dans l’empire romain, de la Réforme par rapport à l’Eglise romaine et sa dernière occurrence, déjà néo-païenne, fut le nazisme. On la voit surgir et prendre de l’importance dans les périodes de décadence comme une sorte d’ultime sursaut mais qui précède le plus souvent une disparition, au moins temporaire. La « renaissance saïte » n’a pas empêché le déclin de l’Egypte mûre pour tomber dans l’escarcelle des conquérants perses puis grecs ; l’empire de Postumus fut le chant du cygne de la civilisation celtique en Gaule ; après la Réforme, si des Eglises demeurent en occident, il n’y a plus de chrétienté ; l’Allemagne enfin n’a survécu au nazisme que brisée et soumise.


          1700 ans de christianisme dominant en Europe, en Arménie, en Ethiopie, un millénaire en Russie et dans les pays slaves n’ont pourtant pas effacé les différences culturelles, la personnalité propre des nations et des peuples. Allez donc confondre Hongrois et Tchèques ou même Piémontais et Calabrais et vous entendrez parler du pays ! Et que dire des Gallois et des Anglo-saxons ! S’il est une folie niveleuse des identités collectives, il est vain de la chercher dans le christianisme, même dans sa variante catholique et romaine qui ne prétend qu’à une forme d’empire ecclésial, la réunion de nations diverses sous un même chef. On rencontre plus aisément la confusion de l’universel et de l’uniforme dans les idéologies athées ou vaguement déistes, au premier chef dans le marxisme mais déjà chez les philosophes des Lumières. L’universalisme chrétien n’est pas uniformité mais polyphonie : c’est le sens de la Pentecôte où chacun entend les Apôtres parler dans sa propre langue (27).


          L’ecclésiologie chrétienne se fonde sur une antinomie : l’Eglise est une, son universalité n’a jamais été remise en question ; en même temps elle est locale, appelée à baptiser toutes les nations, pas à les nier. Son unité s’exprime par la communion de collèges d’évêques locaux. La voie juste se tient à l’exact équilibre. Si l’on accorde trop de poids à l’unité, on tombe dans une ecclésiologie de type militaire où le patriarche devient le général en chef n’ayant que des subordonnés sous ses ordres au lieu d’être le premier entre les pairs. C’est l’une des erreurs de la réforme grégorienne en occident. Si l’on accorde trop de poids à la diversité, si l’on confond local avec ethnique, on tombe dans l’ethnophylétisme qui empoisonne et ligote l’Eglise orthodoxe ainsi qu’une partie des Eglises protestantes depuis plus d’un siècle. Paradoxalement, idolâtrer les nations empêche de les baptiser en profondeur et le christianisme devient un vernis cachant mal un Dieu de la cité ou de la tribu, un Teutatès ou un Jupiter capitolin, comme l’a bien vu Alain Sanders pour les USA (28).


          Qu’est-ce alors que le baptême des nations ? Lorsqu’il m’est arrivé de traiter cette question (29), je l’ai fait sous l’angle de l’antinomie unité/diversité que je viens de rappeler, mais je n’ai pas abordé l’aspect le plus théologique. L’ethnophylétisme et sa parèdre, l’unité pour l’unité, qu’elle prenne l’aspect d’une hiérarchie à la romaine ou, plus à la mode, de l’œcuménisme adogmatique sacrifient tous deux l’essentiel. La vérité, sans doute, mais, comme disait le vieux Pilate, « qu’est-ce que la vérité ? » Non, elles oublient simplement que Dieu est personnel, tri-personnel même et qu’il ne s’agit pas d’un dogme à énoncer mais d’une relation vivante, d’une relation de feu qui transforme l’être en le confirmant dans son unicité. Dès qu’on passe dans les « ismes », qu’on oppose des concepts, des arguments, des structures, des idéologies, qu’on parle de Dieu et non plus avec Dieu, on fait barrage à la vie, au donateur de vie. Le baptême des nations, pour le dire très vite, c’est l’infusion de cette présence de vie, des énergies divines dans la mémoire collective profonde. Il commence peut-être avec le premier baptisé concret, avec Olga en Russie, avec Frumentios en Ethiopie, avec Nino en Géorgie, encore est-ce bien rare que l’on connaisse le nom de ce premier là, mais qui peut dire quand il s’achève ? Et qui peut dire ce que sera la floraison d’une nation libérée des vieilles entraves, des ornières d’éternel retour sans pour autant être déculturée ni avoir à se renier ?


          Le troisième reproche, très différent des deux premiers, c’est celui d’avoir désenchanté le monde, fait fuir les fées et les dryades, posé sur la nature un regard de propriétaire utilitariste et jouisseur, oublié que l’homme n’est qu’un élément du grand tout sans plus de droits que le cèdre ou la fourmi. Lorsqu’on objecte que la fourmi ne s’occupe pas tant du bonheur des pucerons qu’elle domestique que de sa propre fourmilière ou que le lion n’a pas scrupule à dévorer la gazelle, les néo-païens soucieux d’écologie reconnaîtront à l’homme le droit à un égoïsme d’espèce à condition qu’il reste dans de saines limites comme celui de nos ancêtres, bridé par le sacré.


          Je vais trop vite. Deux mouvances néo-païennes bien distinctes font aux monothéismes et surtout au judéochristianisme un procès d’écologistes contre des pollueurs désenchanteurs, deux mouvances qui dans le meilleur des cas s’ignorent et dans le pire se méprisent mutuellement. Ceux qui se réclament d’Alain de Benoist et qui se soucient de géopolitique et de mémoires anciennes ont avec lui découvert la finitude de la planète Terre et embrassé les arguments de la décroissance (30). Les autres, plus nombreux dans les pays anglo-saxons et qui cultivent de nombreux liens avec le new age, seraient plutôt les adorateurs de la Grande Déesse, les adeptes d’un néo-chamanisme oscillant entre Gaïa, Wicca et Castaneda, ainsi que toute une frange de sympathisants de l’hindouisme, du bouddhisme et du taoïsme. Je parle bien de sympathisants, car très peu dans cette mouvance vont au-delà de prendre refuge auprès d’un lama célèbre à Berkeley ou de suivre des cours de tai ji. Très peu savent même que ces religions ont des doctrines constituées et des textes de référence. Encore que ces deux mouvances ne soient jamais étanches l’une à l’autre, il est difficile de confondre l’argumentaire des disciples d’Evola et ceux des sorcières de la Wicca. Les deux s’unissent toutefois pour condamner la fin du Poème biblique de la création (31) qu’ils ne connaissent qu’en traduction anglaise ou française. Les versets incriminés, 1, 26 et 1, 28 sont généralement traduits par l’injonction faite à l’homme de « soumettre » ou de « dominer sur » « la terre, les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui se meut sur la terre ». Soumettre, dominer sur ? Mais pourquoi faudrait-il le comprendre comme une tyrannie utilitariste ?


          Peut-être faut-il retrouver le mode de lecture qui fut celui tant des exégètes juifs que des pères de l’Eglise, à savoir éclairer un passage biblique par d’autres. Poissons, oiseaux, animaux terrestres. Dès la Parabole de la mort et de la vie (32), on voit ce qu’il faut entendre par la hiérarchie établie dans le Poème : le Seigneur Dieu amène à l’homme les bêtes de la terre et les oiseaux « pour voir comment il les nommerait ». Or dans la culture suméro-babylonienne d’où est issue la tradition juive, le nom et l’essence d’un être sont identiques. Nommer, c’est connaître et révéler l’essence, voire même la donner, et le texte précise qu’il s’agit de la qualité d’être vivant qui sera reconnue à tous ceux que l’homme a désignés. Mais, ajoute le texte, il ne trouve pas parmi eux « d’aide semblable à lui ». En nommant l’animal, l’homme se nomme aussi en creux, il reconnaît à la fois sa ressemblance en tant que vivant et sa différence. Quelle différence ? Il est le seul vivant capable de reconnaître sa femme comme son miroir et non comme sa femelle, d’avoir des relations qui dépassent les besoins de la reproduction de l’espèce. Il la nomme comme il a nommé les animaux passant devant lui, par un jeu de mots intraduisible : « isha car elle a été tirée de l’ish », littéralement « elle, car elle a été tirée de lui », mais isha peut se comprendre comme « être de ish ». Ma sœur, mon épouse, mon être extériorisée… Nous sommes loin, très loin, du mâle arrogant et dévastateur qu’ont perçu les néo-chamanes au travers de traductions lues superficiellement. Que ces mythes aient été compris, au cours des siècles, autrement qu’ils ne furent transmis, racontés puis écrits, nul ne songe à le nier. Mais les interprétations tardives ne sont pas la source. Si l’on accuse un texte d’avoir infléchi les mentalités, encore faut-il avoir une connaissance suffisante de ce texte, être capable de le lire en finesse.


          Le paganisme antique était-il si respectueux de la nature et de la vie ? C’est souvent le cas dans les cultures de chasseurs cueilleurs avec ou sans l’apport d’une petite agriculture, d’un jardinage au bâton à fouir analogue à ce qui se faisait à l’épipaléolithique lors de la première sédentarisation. Mais les Grecs des cités n’aimaient pas la nature sauvage, ils la redoutaient, la peuplaient de monstres comme l’hydre de Lerne ou le sanglier d’Erymanthe. Le héros type de leurs mythes, c’est celui qui débarrasse les abords de la ville et les routes de tels monstres, des périls enfantés par la Terre. Tous les Argonautes, avant d’être guerriers, sont des chasseurs. Cette méfiance s’étend aux femmes qui herborisent, comme Médée, dans la montagne. L’espace sauvage est celui des dieux, Olympiens en goguette ou déités mineures des arbres et des sources, des daïmonès, périlleux pour les mortels. La défense de la biodiversité les aurait peut-être choqués comme une régression dangereuse pour la civilisation !



Notes :


1. J’en profite pour signaler un des derniers ouvrages de Bruno Favrit, particulièrement intéressant : Le voyage du Graal, Auda Isarn, Toulouse, 2003.


2. C’est encore avec celui de l’islam qu’il y aurait le plus de ressemblance.


3. Dans le Poème de la Création (Genèse 1 et premiers versets du chapitre 2), les astres sont là « pour marquer les temps », on ne fait pas plus cyclique. Et n’oublions pas le songe de la statue en Daniel, 2 qui reprend la symbolique des quatre âges selon Hésiode.


4. J’ai traité de cette question en détail dans mon article sur le baptême des nations, dans les archives de mon blog (http://reflexsurtempscourants.blogspot.com/).


5. Voir Impertinentes contributions à la question de la tradition primordiale dans les premières archives de mon blog.


6. Alain de Benoist, Jésus et ses frères, et autres écrits sur le christianisme, le paganisme et la religion, Paris 2006, pp.103-114.


7. ALHIM est d’ailleurs un terme très curieux formé de AL ou ALH qui signifie « lui » (que l’arabe décline en Allah) et de HIM, « eux ». Pluriel de majesté, nous dit-on. Ah bon ? Pourquoi ne le trouve-t-on pas pour les rois ou pour l’imprononçable IHVH, fait de souffles et qui décrit le jaillissement de l’être, du « je suis », à tous les temps et modes ?


8. C’est évident chez Hésiode qui détaille les filiations et suggère une histoire on ne peut plus linéaire, une évolution. Les Titans et leur immédiate progéniture gouvernent les éléments et les événements naturels, depuis le substrat de l’espace, la radiance lumineuse, la nuit, le ciel, la mer, tandis que les Olympiens issus de Zeus seront les protecteurs du commerce, des marins, des artisans, des arts, de la famille ou de la guerre.


9. Et honni soit qui y verrait un diable !


10. Je renverrai sur ce point à l’article décisif de Thomas Ross Valentine in http://www.geocities.com/trvalentine/orthodox/filioque.html


11. C’est tout le dernier discours du Christ aux chapitres 16 et 17 de l’Evangile de Jean.


12. Je ne reprendrai pas pour la énième fois l’exégèse des premiers chapitres de la Genèse, qui se trouve dans les archives de mon blog.


13. On me reprochera sans doute encore l’emploi de ce terme, historiquement lié à la magie pratiquée dans certains hauts grades maçonniques. Je veux bien l’abandonner, mais il faudrait alors que la psychologie sociale en crée un équivalent qui ne soit pas une périphrase de trois kilomètres pour désigner l’inconscient collectif structuré d’un groupe précis. Et pas si inconscient que ça…


14. Cela s’oublie après la grande peste et surtout après les guerres de religion en occident.


15. Mircea Eliade, Aspects du mythe, NRF, Paris, 1963, réed. 1971, pp.181 et sq.


16. Il faudrait citer entièrement la République et les Lois.


17. Y compris au sens d’Hannah Arendt puisqu’il légifère sur la vie quotidienne la plus « privée », sexualité, nourriture, éducation des enfants, etc.


18. Voir Fonctions du mythe, dans les archives de mon blog.


19. On n’aura pas de mal à retrouver tous ces éléments dans les écrits des grands théoriciens libéraux, de Bastiat à Mises, d’Hayek à Georges Lane ou François Guillaumat. Toutefois, ils introduisent et rendent central un élément qui n’existe pas chez Platon, à savoir le contrat. Ce faisant, sans doute ne sont-ils pas conscients de renouer avec un thème essentiel de la tradition indoeuropéenne, représenté dans la mythologie indienne par la figure de Mitra garant des serments, second visage de la souveraineté comme l’a montré Georges Dumézil.


20. Thème de la caverne, thème du démiurge.


21. E. R. Dodds, Païens et chrétiens dans un âge d’angoisse, trad. H. D. Saffrey, La Pensée sauvage, Claix, 1979.


22. Lois 804B, 644D-E


23. Philosophe cynique à l’humour ravageur, 335-245, dont il nous reste quelques fragments, en particuliers chez Stobée (5e siècle de notre ère).


24. Rappelons que le Christ est contemporain d’Auguste et de Tibère.


25. Samuel Huntington, Le choc des civilisations, Odile Jacob, Paris, 2007 (1993)


26. A partir du moment où Constantin accorde le droit de cité au Dieu de l’Eglise et proclame le christianisme « foi de l’empire », donc à partir du concile d’Arles de 314 et du concile de Nicée de 325.


27. Actes 2


28. Je l’ai entendu en parler durant une heure sur Radio Courtoisie et son analyse m’avait d’autant plus intéressée qu’il passe à raison pour le plus américanophile des journalistes de la droite radicale.


29. Dans les plus anciennes archives de mon blog.


30. Alain de Benoist, La décroissance : penser l’écologie jusqu’au bout, Krisis, 2007


31. Genèse 1 et 2, 1-3. Le découpage classique est ici particulièrement stupide et je tâche de rétablir la réalité du texte originel, donc un ensemble de tablettes ou de papyri, par des titres. Je distingue ainsi dans le livre de la Genèse le Poème de la création, assez tardif, la Parabole de la mort et de la vie, le récit du Déluge, la Tour, les Chroniques des patriarches. Tout ce qui précède les chroniques des patriarches est constitué de récits mythiques à ne pas confondre avec l’histoire, mais d’une richesse spirituelle rarement égalée. Reste qu’il vaut mieux lire en hébreu, un hébreu qui souvent est du pur chaldéen dans les textes archaïques, qu’en traduction, la langue en étant très difficile.


32. Genèse 2, 4 à 5, 32. Soit le mythe d’Eden et la chute, Caïn et Abel et la double généalogie.




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