Livres collectifs

RECITS DU MONDE, RECITS DE L'HOMME. 


Livre collectif paru dans la collection L'art du comprendre (numéro 17)

Introduction : 

Le Monde est objet de récits, petits ou grands, certains de fondation, d’autres qui dessinent, voire justifient, une histoire totalisée de l’homme. Depuis des millénaires, la culture des peuples autant que les différentes civilisations semblent bien reposer sur des narrations qui les constituent ou accompagnent leur destinée. La question du récit pose celle des rapports entre ouverture et recueil du sens, fabrication et circulation des signes. Des mythes premiers au déploiement de la raison, l’activité narrative de l’homme n’a cessé d’être l’objet du questionnement philosophique, de Platon à Vico, de Hegel àWittgenstein ou Ricœur. Qu’est ce qu’un Récit ? À quelles conditions doit-il répondre pour faire sens et prospérer ? Comment penser Récit et Histoire ? D’une productivité signifiante et créatrice de liens à la raison conceptuelle ou seulement instrumentale, que s’est il joué ou perdu ? L’horizon présent ne propose plus guère de figures héritées d’une symbolisation commune et indiquant une tâche à poursuivre. L’absence, l’éclatement ou l’incertitude sont plutôt la règle des différents discours. Ce retrait des trames collectives témoigne-t-il d’un épuisement de la pensée ou, au contraire, consacre-t-il une victoire libératrice de la transparence de l’esprit ? À l’orée du XXIe siècle, où se profile un certain nihilisme, les liens qu’instituaient les « Récits du Monde » sont devenus hautement problématiques. Quels seraient dès lors les récits où des hommes à d’autres hommes racontent et se retrouvent, d’où ils peuvent prendre source et véhiculer l’essentiel d’un sens ? Le débat est ouvert.


Sommaire : 


Structure, limites, fonction des " récits du Monde " par Claude-Raphaël Samama
Les récits de la création : entre le Songe et le Chiffre par Jean-Pierre Luminet
Le Déluge en acte parmi nous par Michèle Bompard-Porte
Les singularités de l'exposition de la philosophie de l'histoire dans l'Encyclopédie de Hegel par Jacques D'Hondt
La pensée romaine de l'histoire par Antoinette Novara
Le " juste pas " historique de Rome dans la pensée de Giambattista Vico par Pierre Girard
L'histoire et les grands hommes selon Carlyle par René Daval
Jacob Burckhardt, ou l'histoire sans clôture narrative par Thibault Isabel
Orientation, sociétés, différences : une perspective sur l'histoire entre Vico et Labriola par Raffaele Carbone
Sociologie et dynamique historique : la guerre chez Durkheim par Irène Eulriet
Le " monde " et sa narrativité. Le fictif et le réel par Angèle Kremer-Marietti
Genèse, place et destin d'un récit biblique : le livre de Josué par Stéphane Encel
Récit de rêve et herméneutique des raisons. Wittgenstein avec et contre Freud par Christiane Chauviré
L'occultation en philosophie ou les secrets du monde. Thèses par Bruno Pinchard
Le temps des cendres touche à sa fin. Futur antérieur et présent irréversible chez Pier Paolo Pasolini par Piergiorgio Bianchi
Puissance fabulatrice et configurations du Monde et de l'homme par Philippe Forget





Jacob Burckhardt, ou l’histoire sans clôture narrative

Jacob Burckhardt (1818-1897), comme auteur, est à l’image de ce qu’il fut dans la vie : un homme discret. On ne se souvient en général de lui, en France et dans la plupart des pays, que comme un historien érudit, qui aurait influencé le jeune Nietzsche dans la genèse de ses idées. Mais on oublie que Burckhardt, à travers les traités d’histoire qu’il nous a laissés, fut aussi un penseur remarquable, dans la veine des plus grands moralistes classiques. Sa conception de la vie était en fait très inspirée par Schopenhauer, dont il avouait en privé avoir beaucoup appris ; mais il eut la force et l’originalité de s’en affranchir à nombre d’égards, au point effectivement de frayer la voie à une authentique philosophie dionysiaque, qu’à sa suite Nietzsche saura élaborer.

Burckhardt appartenait à une illustre famille suisse, installée à Bâle depuis des générations. Fils d’un éminent pasteur, il devint lui-même un professeur d’histoire de l’art réputé, et fut courtisé par les plus prestigieuses universités allemandes. Mais il resta toujours fidèle à la modeste chaire qu’il occupait dans sa ville d’origine, se défiant par-dessus tout des honneurs du monde.

C’est que Burckhardt a presque toujours été un intellectuel pessimiste et désabusé. Il céda certes dans un premier temps à un certain optimisme juvénile. En 1842, il écrivait dans sa correspondance : « Nous devons être encore plus ouverts, encore plus sincères, de manière à ce que, sur les ruines des vieux États, l’amour établisse peut-être un nouvel empire. » Cet enthousiasme conduisit Burckhardt à s’investir dans la politique bâloise, au retour de ses études en Allemagne ; il milita au sein d’une guilde, et fut le rédacteur en chef d’un journal conservateur, le Baseler Zeitung. Mais il abandonna bien vite ses ambitions, et retourna à l’enseignement, qui fut pour lui, selon ses propres mots, une joie intense et ininterrompue, tout au long de sa vie. Burckhardt demeura un citoyen engagé, dont les avis étaient écoutés et respectés, mais il cessa de croire à l’efficacité d’une action purement politicienne. En outre, son tempérament détaché était probablement incompatible avec l’exercice de responsabilités municipales ou parlementaires. En 1846, il écrivait à un ami : « La liberté et l’État n’ont pas beaucoup perdu en importance, à mes yeux. Mais, avec des hommes comme moi, on ne construit pas un État. […] J’ai maintenant suffisamment de compétences et d’expérience pour occuper des fonctions politiques, même importantes, en cas de nécessité, mais je ne souhaite plus participer à tout cela… » Burckhardt, malgré le dégoût que lui inspiraient les nations occidentales modernes, a toujours regardé le tumulte révolutionnaire avec un certain effroi, persuadé que, dans les temps difficiles, la haine ne fait que répondre à la haine et que les bonnes intentions affichées par les insurgés cachent en général des motivations nettement moins avouables ; il préférait pour sa part se livrer à un travail de fond, afin de maintenir vivante la « culture de la vieille Europe » et faire en sorte qu’elle soit toujours disponible lorsque la crise serait passée.

Mais la crise dura longtemps, et Burckhardt n’en vit jamais le bout. Il assista au fil des ans à l’expansion de l’esprit marchand qui lui paraissait signer la mort de la civilisation véritable, telle qu’elle avait pu fleurir, avec déjà beaucoup d’ambivalence, il est vrai, à l’époque de la Grèce antique et de la Renaissance. En 1867, il écrivait donc : « S’il doit cependant y avoir quelque bonheur au creux de notre infortune, il ne peut s’agir que d’un bonheur intellectuel, qui nous ferait méditer sur le salut de la culture en des ères antérieures et qui nous représenterait en esprit un avenir brillant et pur, même si nous sommes plongés par ailleurs dans une époque entièrement réduite à sa dimension matérielle. » L’inquiétude principale de Burckhardt touchait à la préservation de la culture dans un monde massifié, où le progrès technique, au lieu d’élever l’homme vers ce qu’il comporte potentiellement de plus noble, l’asservirait à ses pulsions les plus immédiatement intéressées et les plus bestiales.

Burckhardt, s’il méprisait particulièrement son temps, s’abstenait néanmoins de toute fascination mélancolique pour le passé. Esprit d’une lucidité et d’une probité remarquables, qui plaçait précisément dans cette lucidité et cette probité les vertus fondamentales d’un individu adulte et développé, il tâchait de cerner, en chaque siècle, ce que les hommes comportent de défauts et de qualités. Burckhardt, au dire de Nietzsche, qui fut son élève à l’université, était de ceux « qui se tiennent sur la réserve, par désespoir ». Il lui manquait, disait un peu plus tard Erwin Rhode, « la force de nourrir une illusion salutaire ». Mais Burckhardt n’était pas désespéré. Il n’invitait pas à l’inaction, mais à une action prudente, réfléchie et raisonnable. Il considérait que la grandeur d’un peuple tient d’abord au degré d’enracinement de la culture, et qu’il n’y a d’entreprise plus grande et plus fructueuse que d’enseigner, envers et contre tout – fût-ce seulement à une petite communauté de disciples. L’esprit, parce qu’il est la fleur la plus belle de la civilisation, doit être préservé dans les moments les plus sombres et faire office de liant entre les générations ; c’est lorsque tout va mal qu’il devient le plus urgent de penser, pour faire en sorte que rien de ce qui s’est fait autrefois ne soit perdu : l’avenir doit encore pouvoir s’enrichir de son passé, et s’en servir comme d’un terreau, pour germer.

L’état d’esprit de Burckhardt ne fut pas sans incidence, on s’en doute, sur sa conception de l’histoire. Pour lui, le cours des choses ne répond nullement à une raison profonde, à un esprit caché, comme l’affirme Hegel dans sa philosophie, alors au sommet de sa popularité. On ne saurait souscrire à une quelconque théodicée qui viendrait révéler une finalité fatale à l’œuvre dans toute évolution.

Du point de vue hégélien, le développement de l’Esprit dans le monde réside dans la prise de conscience par l’Esprit lui-même de sa propre liberté et dans la réalisation conséquente de celle-ci, sous la forme d’une progression graduelle. L’Idée, du fait de sa nature mobile, changeante, assume des déterminations successives qu’elle dépasse les unes après les autres, atteignant sans cesse des déterminations plus positives et plus concrètes. Elle s’aliène dans l’histoire, puis fait retour sur elle-même à travers l’art, la religion et la philosophie, jusqu’à devenir pleinement consciente de son parcours et se comprendre alors comme cheminement dialectique. L’Esprit en-soi a accédé au pour-soi. L’histoire culmine par conséquent, selon une interprétation classique, mais discutée, avec la philosophie de Hegel elle-même, qui subsume les contradictions de l’Esprit en développement et les intègre dans le cours d’une nécessité où les antinomies sont surmontées. L’avènement de cette philosophie correspond en fait politiquement à l’avènement de l’État moderne, qui actualise enfin la liberté contenue à l’état virtuel dans l’Esprit. La théorie hégélienne de l’histoire offre en définitive l’image d’un processus constant, qui connaît certes en apparence des tours et des détours, en raison même de sa nature dialectique, mais qui avance toujours sur la voie d’une réalisation effective de la perfection.



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TEXTE DE THIBAULT ISABEL


ENTRETIEN AVEC DES HOMMES REMARQUABLES


Livre collectif paru aux Editions Alexipharmaque

Thibault Isabel livres
Recueil d'entretiens réalisés par le Cercle Curiosa, avec Luc-Olivier d'Algange, Christian Bouchet, Klaus Charnier, Francis Cousin, Alexandre Douguine, Michel Drac, Arnaud Guyot-Jeannin, Thibaut Isabel et Laurent James. Préface : Alain de Benoist .

Notre époque, que certains qualifieront de postmoderne souffre d'un cruel manque d'attention. Ère vaporeuse et spectaculaire, stroboscopique, aliénée et aliénante, ou tout s'entrechoque dans un chaos d'images, de concepts, d'identités et de croyances. Afin de s'adapter à cette frénésie, l'Homo Occidentalis horizontalise son rapport au monde pour mieux le saisir, il s'aplatit devant l'horizon, entraînant avec lui le reste de l'humanité. Parce qu'il s'inscrit lui aussi dans son époque, ce présent ouvrage ne propose pas de solution de redressement mais un kaléidoscope d'idées nouvelles, ou parfois anciennes, en tous les cas d'autres regards. Le Cercle Curiosa se veut avant tout un des multiples représentants de cette très ancienne tradition Européenne qu'est la pensée critique. Il propose de donner la parole à ceux que l'époque oublie, sciemment ou non. Les participants à ce recueil d'entretiens explorent bien des domaines ; ils sont des politiques, des mystiques, des philosophes, et avant tout des poètes. Á travers leurs styles particuliers, ils manifestent une volonté commune de réenchanter le monde et renouent avec l'ancienne lumière de l'Être qui s'est perdue. C'est en cela qu'ils sont remarquables.





Article "Pensée rebelle" paru dans Eléments n°147


"Toute époque a son idéologie dominante, mais toute idéologie dominante a aussi ses dissidents. En voici neuf, à qui les jeunes éditions Alexipharmaque ont eu la bonne idée de donner la parole. 

Ce qui les distingue est au moins aussi important que ce qui les rapproche. Ils ont une commune aversion pour une société peuplée d'"esclaves à qui l'on donne des loisirs" (Thibault Isabel), où "tout ce qui est touché par l'argent est intérieurement subverti" (Alexandre Douguine), bref une société qui représente l'"apothéose démocratique du spectacle du fétichisme marchand" (Francis Cousin). 

Mais le contre-univers qu'ils lui opposent revêt chez chacun d'eux des couleurs bien différentes. Les uns ont la nostalgie du Roi, les autres rêvent de l'Empire. Certains se réfèrent à Marx, d'autres à Proudhon ou à René Guénon. Le détachement de l'Anarque côtoie l'appel à la révolution prolétarienne. Recours à la métaphysique et rejet de la métaphysique, projets politiques et refus de la politique, on trouvera tout cela dans ces pages. Mais c'est précisément ce qui en fait l'intérêt. On voit par là qu'il n'y a pas de conformisme de l'anticonformisme, du moins chez ceux qui s'expriment dans cet ouvrage. Aux noms déjà cités s'ajoutent ceux de Luc-Olivier d'Algange, Christian Bouchet, Michel Drac, Laurent James, Arnaud Guyot-Jeannin et Klaus Charnier. Dans le silence assourdissant de la société du non-sens, ce sont autant de voix solitaires qu'il ne faut pas seulement entendre, mais aussi écouter. Que l'on se sente ou non d'accord avec elles, est de peu d'importance. Cela rassure déjà de se dire qu'on peut encore penser à contre-courant."

Alain de Benoist




L’Occident broyé par le turbo-capitalisme
Entretien avec Phil François, Président du Cercle Curiosa :
Réalisé par Nicolas Gauthier, publié sur Boulevard Voltaire.



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Dans un monde fait de cycles de plus en plus courts, accélération de l’histoire oblige, le Cercle Curiosa a tenté de défricher quelques pistes d’avenir dans un ouvrage collectif au titre en forme de clin d’œil au philosophe Georges Gurdjieff, Entretiens avec des Hommes remarquables . Phil François, président du cercle en question, fait le point sur cette initiative hors du commun.






L’ouvrage collectif est un genre littéraire périlleux. Vos interlocuteurs s’accordent à dire que le monde va mal, mais ils divergent dès lors qu’il faudrait savoir comment il pourrait aller mieux…

En effet, tous les participants à Entretiens avec des hommes remarquables s’accordent sur l’aspect néfaste du postmodernisme qui se déploie à travers cette nouvelle anthropologie qu’est le turbo-capitalisme. Critique toujours radicale – et non pas « extrême » – et salvatrice, en ce sens que cette radicalité permet de saisir l’égale radicalité de l’objet critiqué. Les solutions proposées divergent, certes ! Marxiste, mystique, impérial ou nihiliste, chaque participant propose des outils pour réparer cette négation du monde se dessinant sous nos yeux, de plus en plus difficile à saisir, tant il semble s’autonomiser des hommes, et contre eux. Mais, comme le note Alain de Benoist, avant les réponses, il faut des questions. Le Cercle Curiosa, en tant que petit groupe de réflexion, se permet encore un moment d’expectative… il en a tant d’autres à poser !



Le titre, Entretiens avec des Hommes remarquables , fait évidemment référence à Georges Gurdjieff, surtout lorsque vos auteurs entendent « réenchanter le monde ». Est-ce le seul fil conducteur de cet ouvrage fabriqué à plusieurs mains ?

Eh bien, n’en déplaise à monsieur Maffesoli, nous n’avons guère l’impression que la postmodernité réenchante le monde ! Via la logique de l’utilitarisme total auquel obéit la nouvelle économie globale, nous assistons en fait à un dessèchement du monde dans ce qu’il a de multiple, d’enraciné. En allant chercher dans la tradition, la religiosité et même la critique marxiste, les auteurs émettent, chacun à leur manière, des idées nouvelles où l’homme retrouve sa place. En somme, ce réenchantement se fera (et nous parions que les intervenants seront d’accord) par une réconciliation entre volonté et mesure. Réenchanter, c’est-à-dire décoloniser l’imaginaire des représentations marchandes, pour que les peuples réapprennent la grâce et se débarrassent de rapports de nécessité toujours plus obsolètes et superficiels. Parce qu’ils n’ont pas oublié que les hommes regardent aussi vers le ciel, ces auteurs semblent s’être donné cette mission. Et c’est déjà bien assez !



Pensez-vous qu’un autre monde puisse être meilleur ou, au contraire, que le pire soit toujours certain ?

À notre humble avis, l’avenir reste ouvert. Les possibilités de l’Occident s’épuisent et il faudra se réinventer, se re-mythifier, retrouver les buts de notre présence au monde. Nous vivons certainement la fin d’un grand cycle historique. Mais la fin d’un cycle en préfigurant un nouveau, c’est certainement en ce sens qu’il faut comprendre les différentes eschatologies… Les apocalypses ne sont-elles pas des révélations ? Ce qu’il nous faut, à nous les hommes d’ici et maintenant, c’est veiller sur cette fameuse flamme de l’être que décrivait Jean Parvulesco dans ses ouvrages. Et puis nous vivons ! Et que faire d’autre que de vivre, c’est-à-dire d’espérer, de se questionner, de se battre et d’aimer malgré tout l’ici-bas avant de partir de l’autre côté ?




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Cette per­cep­tion fé­dé­ra­liste en­ra­ci­née mul­tis­ca­laire pour­rait re­cueil­lir l’as­sen­ti­ment de Thi­bault Isa­bel. Outre des ré­ponses aux di­vers pro­b­lèm­es ac­tuels comme la tech­nique, le pa­ga­nisme au XXIe siècle ou le psy­c­hisme mal­me­né de l’homme mo­derne, il sa­lue l’ac­tua­li­té de l’œuvre de Prou­d­hon. Fé­dé­ra­liste in­té­g­ral avant la lettre, « Prou­d­hon a eu le mé­rite de pen­ser une vé­ri­table al­ter­na­tive au sys­tème de l’argent – et une al­ter­na­tive qui ne se con­tente pas de rem­p­la­cer la ty­ran­nie du com­merce par la ty­ran­nie de l’État. Le sens a be­soin de proxi­mi­té : c’est donc à tra­vers la proxi­mi­té de la vie lo­cale, et en d’autres termes à tra­vers une re­lo­ca­li­sa­tion gé­né­ra­li­sée de la vie (éco­no­mique, po­li­tique, fa­mi­liale et cul­tu­relle), que nous pour­rons réa­c­cé­d­er au sens (p. 142) ». Revue de presse à lire en intégralité sur le site Alexipharmaque.

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LIBER AMICORUM 2


Livre collectif paru aux éditions des Amis d'Alain de Benoist
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En vente sur Krisis Diffusion




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EN EL NOMBRE DEL PUEBLO


Livre collectif paru aux éditions Fides

Biblioteca Metapolitika, Nº 18
1ª edición, Tarragona, 2017
21×15 cm, 235 páginas
Cubierta a todo color, con solapas y plastificada brillo. Rústica cosido.

 

Orientaciones:
«Origen popular, defensa de derechos concretos de los desfavorecidos.
Simultáneamente, oposición al concepto de lucha de clases, oposición también al poder
oligárquico, sea político o económico, con especial hostilidad hacia el mundo de la gran
banca y la gran industria. Desconfianza hacia las intromisiones del Estado en la vida
económica privada pero, al mismo tiempo, tendencia a desarrollar formas de dirigismo
estatal en grandes sectores de producción. Desprecio patente hacia los rituales de
negociación y transacción de la vida parlamentaria liberal. Estos son algunos de los
rasgos característicos de los populismos».
José Javier Esparza
Índice:
La causa del pueblo, de Alain de Benoist / 9
El populismo y la ciencia política, de Marco Tarchi / 21
El populismo como concepto, de Guy Hermet / 49 
La herejía populista, de José Javier Esparza / 71
¿Dónde está el pueblo?, de Luis María Bandieri / 89 
Por una verdadera alternativa popular, de Paul Masquelier / 105
El momento populista, de Alain de Benoist / 125
Pensar el populismo, de Pierre Ronsanvallon / 153
La síntesis populista, de Thibault Isabel / 163
Elogio del populismo, de Vincent Coussedière / 173
Democracia y demagogia, populismo y republicanismo, de Michel Lhomme / 185
El pueblo del populismo, de Olivier Marchand / 199
Defensa de los populismos, de Louis Dupuin / 21
La transversalidad antimoderna y antiliberal del populismo, de Jesús Sebastián Lorente / 223
Pedidos:
edicionesfides@yahoo.es


El populismo es socializante

El gran mérito de Alain de Benoist (aunque precedido por su adelantado discípulo Thibault Isabel) es también, como hemos señalado, recordarnos que el actual populismo se inscribe en la continuidad de una larga tradición de movimientos populares que, si bien con formas e ideologías diferentes, pertenecían todos ellos a la misma idea de revuelta: revuelta contra la industrialización capitalista, el individualismo liberal, la mercantilización de las relaciones humanas, la tecnocracia, la financiarización del mundo, el inmoralismo de las élites, la destrucción de las tradiciones y de los valores populares. Revuelta que encontramos también en los “canuts” franceses y en los “luddits” ingleses; en los movimientos populistas rurales rusos (narodniki, de narod, pueblo) y en los “grangers” norteamericanos de finales del siglo XIX, igual que en el sindicalismo revolucionario italo-francés; en el “llamamiento al pueblo” del bonapartismo, del boulangismo o del gaullismo (del que Marine Le Pen y Jean-Luc Mélenchon no son sino sus continuadores), como en los movimientos populistas hispanoamericanos del siglo XX (cardenismo en México, peronismo en Argentina, chavismo bolivariano en Venezuela, castrismo en Cuba, etc.).
Y tantas otras corrientes que podríamos, con Jean-Claude Michéa, reagrupar bajo la etiqueta de “socialista” –no del socialismo marxista-leninista, ni tampoco de la izquierda actual, sino el de Robert Owen y Pierre Leroux– que fundamenta en oposición al individualismo alienante de la modernidad, ya sea aquel anarquista, de Proudhon a Bakunin, o revolucionario y libertario, de Georges Sorel a Edouard Berth; ese socialismo que Marx calificaba de “utópico” en “La ideología alemana” porque estaba comprometido tanto con la emancipación de los hombres como con la conservación de las condiciones de vida comunitaria tradicionales que constituyen su necesaria base. Un socialismo de los orígenes desde entonces olvidado, pero del que podemos encontrar su espíritu en intelectuales como Péguy, Chesterton, Gramsci, Orwell, Camus, Pasolini, Mauss, Lasch, Clouscard, Baudrillard, Castoriadis y Debord, pero también, más actualmente, en Latouche, Sapir, Michéa y Caillé… Un socialismo fundado sobre la dignidad del pueblo y del “hombre ordinario” que todavía podemos encontrar en la sensibilidad de artistas como Jacques London, Georges Brassens, Léo Mallet o Ken Loach…
Un socialismo que, de alguna manera, encuentre sus profundas raíces en la tradición antigua, particularmente viva en autores como Proudhon, Sorel o el joven Marx. Una tradición que incluso se podría calificar, más generalmente, de “pagana” y que englobaría, no solamente la antigüedad grecolatina, sino también las culturas orientales (hinduistas, budistas, taoistas). Todos aquellos pensamientos que, como ha demostrado en tantas ocasiones Alain de Benoist, comparten un mismo proyecto de dimensión trascendente por oposición a los dualismos platónico y judeocristiano que los suplantaron en Occidente. La ideología liberal moderna, a la cual se opone radicalmente el populismo, se inscribe en la herencia de este pensamiento dualista, del que ella toma, bajo una forma profana, sus grandes principios: la creencia en un “bien” universal y absoluto (los “derechos humanos” juegan hoy el papel de las “tablas de la ley” bíblicas), el elitismo oligárquico y el desprecio del pueblo (sólo una pequeña élite de filósofos, profetas y teólogos tienen acceso a ese conocimiento metafísico), pero también el mito de la “ilimitación” (la “fe” no puede estar limitada por las restricciones de la “materia”, del mismo modo que el “progreso” no puede conocer ningún limite material o ecológico), o incluso la incapacidad para pensar dialécticamente el equilibrio del individuo y la comunidad (el individuo estaría solo frente al Mercado como lo está ante el Dios único).. Es por ello que Benoist denuncia el “esquema maniqueo” de una modernidad modelada por el “dualismo cristiano y cartesiano” (y, por tanto, platónico) que ha perdido de vista el “viejo principio de identidad y complementariedad de los contrarios” –equilibrio de los heraclitianos antagonismos que permiten especialmente pensar la “eterna dialéctica de lo uno y de lo múltiple, de lo universal y de lo particular” sin la cual es imposible conciliar armoniosamente el individuo y la comunidad.
El populismo podría, por tanto, testimoniar el regreso a la superficie de un viejo fondo antropológico pagano que ha permanecido vivo en el seno del pueblo pese al triunfo del cristianismo, la modernidad y los derechos humanos. Encontramos, en efecto, en el populismo, bajo la pluma de Alain de Benoist, buen número de facetas prestadas del paganismo, comenzando por el sentido del límite y del honor (la desmesura era la fuente principal de indignidad entre los antiguos griegos), el no-dualismo y el equilibrio de los antagonismos (que permite, en particular, superar las individualidades en la comunidad sin por ello renegar de las identidades particulares), o incluso la relatividad de los valores que surgen del pueblo a lo largo de la historia (es decir, el reconocimiento del pueblo y de sus tradiciones como fundamentos de la moral y de la política, en cada momento). Habría, por tanto, una dimensión universal e intemporal en esta aspiración popular a la dignidad y a la autonomía –aspiración que ciertamente puede criticarse o lamentarse por las formas políticas en las que hoy se manifiesta, a falta de otros medios, pero de la que no puede negarse la legitimidad y la necesidad en un mundo moderno que está condenado a su perdición.
El populismo, porque escapa a todos los análisis binarios y dualistas, permanece ampliamente incomprendido por la élite dirigente y mediática actual. Aspira, en efecto y al mismo tiempo, a menos democracia representativa y menos política liberal, y a más democracia y más política en el sentido antiguo de participación en la adopción de las decisiones colectivas, a una forma de progreso social que renuncia a las aspiraciones emancipatorias de la modernidad, conjuntamente con un conservatismo societal alineado con la preservación de los “fundamentos antropológicos” comunes que constituyen su base indispensable. El populismo es de naturaleza política, cultural, económica, antropológica y ecológica. Es un movimiento de fondo que reclama un nuevo Ágora donde tomar la palabra.


Autores: Alain de Benoist, Marco Tarchi, José Javier Esparza, Luis María Bandieri, Olivier Marchand, Paul Masquelier, Thibault Isabel, Jesús Sebastián Lorente, Louis Dupuin, Michel Lhomme y Vincent Coussedière.
Editorial: Fides, Tarragona, 2017.
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