Anaximandre est un philosophe grec du VIe siècle avant Jésus Christ, dont nous ne possédons plus que quelques fragments et aphorismes, et qui aurait écrit son ouvrage majeur, De la nature, à l’âge de 64 ans. Il appartient à cette génération d’auteurs -qualifiés de « présocratiques » - qui ont donné naissance à la pensée occidentale...

Anaximandre incarne une époque où la philosophie s’articulait encore autour de principes naturalistes et vitalistes.

Qui ne rêve d’être heureux ? Peut-on d’ailleurs seulement rêver d’autre chose ? Si le bonheur se confond avec ce que les Grecs appelaient le « souverain bien », c’est qu’il trouve en lui-même sa propre fin. Il n’est pas un instrument en vue d’un bien plus grand ; il est le bien suprême à l’aune duquel toutes les autres réalités de la vie ne sont elles-mêmes que des moyens. Partons du principe intuitif et pratique qu’il n’existe dans le monde aucun devoir-être absolu, et que toute idée, toute morale, doive être fondée relativement à une fin enracinée en nous.


A l’aune de quel critère nos valeurs devraient-elles alors être envisagées ? A l’aune du bonheur, évidemment, parce que tout homme souhaite par-dessus tout être heureux, et que ce souhait résume fondamentalement tout ce à quoi nous aspirons. S’il n’y a pas de principe métaphysique pour légitimer nos actions, ou si nous voulons en faire abstraction un moment et raisonner comme si un tel principe n’existait pas, nous sommes amenés à considérer avec les anciens Grecs que le but de toute éthique est de nous faire tendre vers ce bien qui surpasse tous les autres, et dont la possession s’identifie avec l’accès à la vertu. Aux yeux des hommes et des femmes de l’Antiquité, « être bon » consistait à se comporter de façon telle que l’harmonie émerge dans le monde, qu’elle prenne forme – en nous, entre les hommes et dans la nature –, afin que chacun se sente épanoui.


Après avoir dit cela, pourtant, on ne sait toujours pas précisément ce que c’est qu’être heureux. Le bonheur tient-il dans la réussite matérielle ? Chacun répondra assurément que non, en soulignant la part prépondérante du développement spirituel (si l’on pensait le contraire, on ne tiendrait pas cette revue sous ses yeux, car la philosophie n’a de sens et d’intérêt, à vrai dire, que si l’on croit au fond de soi qu’elle nous aidera un peu à avancer sur le chemin de la vie). Mais le développement spirituel lui-même, en quoi consiste-t-il ? De quelle façon se distingue-t-il de la réussite matérielle ?

Esquissons ici une possible réponse. Là où la réussite matérielle se définit par le confort, le développement spirituel se définit par l’effort. Là où la réussite matérielle produit du plaisir, le développement spirituel produit de la joie. Là où la réussite matérielle rend satisfait, le développement spirituel stimule. D’un côté, le repos ; de l’autre, la lutte. D’un côté, le bien-être ; de l’autre, le bonheur. Entre les deux, un abîme immense, bien que ces dimensions jumelles ne s’excluent pas nécessairement.


Le bonheur, quoi qu’il en soit, n’est pas un cadeau qui nous serait simplement offert ; parce qu’il n’est réellement lui-même que s’il nous transforme et nous fait mûrir, il demeure avant tout une conquête. Il est inséparable de l’action.

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