Anaximandre est un philosophe grec du VIe siècle avant Jésus Christ, dont nous ne possédons plus que quelques fragments et aphorismes, et qui aurait écrit son ouvrage majeur, De la nature, à l’âge de 64 ans. Il appartient à cette génération d’auteurs -qualifiés de « présocratiques » - qui ont donné naissance à la pensée occidentale...

Anaximandre incarne une époque où la philosophie s’articulait encore autour de principes naturalistes et vitalistes.

L’ère contemporaine est marquée par un mouvement de scepticisme croissant à l’égard de la morale. De même que les Grands Récits se sont effondrés avec l’entrée dans la postmodernité, com­me l’écrivait Lyotard, les croyances métaphysiques ne suscitent plus en général qu’une moue ironique de défiance, chez l’hom­me d’aujourd’hui. Or, la mo­rale dominante, en occident, re­posait elle-même depuis plusieurs siècles sur des principes ultramondains, et notamment sur l’édifice religieux hérité du christianisme.


Ne doit-il pas s’ensuivre alors que toutes les valeurs deviennent inévitablement équivalentes à nos yeux ? Puisque nulle conduite ne mérite de valoir absolument, au nom de principes transcendants, ou, du moins, ontologiques et immuables, pourquoi s’imposerait-on le carcan d’une éthique contraignante ? Y a-t-il une échappatoire à l’hédonisme, dans un univers marqué par les géométries non-euclidiennes et la physique quantique ?


De toute évidence, l’essor du relativisme conduit au fil du temps à corroder la morale, si tant est qu’on entende par ce terme un système de valeurs déontologiques, c’est-à-dire, dans notre vocabulaire, un système de valeurs effectivement fondé sur un « Tu dois », sur un devoir-être impersonnel, hérité de l’extérieur, et dont nous ne sommes pas la source.


La réflexion éthique, pourtant, ne fut pas toujours envisagée de cette façon. Il existe en effet, face au modèle déontologique, un modèle qu’on qualifie parfois d’arétique, ou encore de vertuiste. La morale y est conçue en référence aux passions elles-mêmes : elle n’a pas pour but de les étouffer, mais de leur donner forme. Cette doctrine fut celle de la plupart des penseurs de l’Antiquité, qu’il s’agisse des aristotéliciens, des stoïciens ou des épicuriens, autour de la Méditerranée, mais aussi en Chine, chez les sages taoïstes et confucéens. Plus récemment, elle fut remise au goût du jour par la tradition moraliste française, avec Vauvenargues. Elle se manifesta en outre dans une certaine pensée philosophique allemande, qui s’étendit de Goethe à Klages, en passant par Nietzsche et Scheler. Elle infusa même inconsciemment les vues d’auteurs chrétiens hétérodoxes, tels que Péguy.


La morale vertuiste n’est pas une morale théorique ; c’est une morale pratique. Elle ne nous impose pas un devoir-être absolu, mais vise à nous élever, à nous structurer. Peut-être sera-t-elle, demain,  la morale de notre monde relatif, la morale du monde qui vient.

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Maître Xun

(310-210 av. J.C.)