Anaximandre est un philosophe grec du VIe siècle avant Jésus Christ, dont nous ne possédons plus que quelques fragments et aphorismes, et qui aurait écrit son ouvrage majeur, De la nature, à l’âge de 64 ans. Il appartient à cette génération d’auteurs -qualifiés de « présocratiques » - qui ont donné naissance à la pensée occidentale...

Anaximandre incarne une époque où la philosophie s’articulait encore autour de principes naturalistes et vitalistes.

L’homme est-il bon ou méchant ? Cette question hante l’histoire de la pensée, sur tous les continents, depuis la nuit des temps. D’elle dé­pendent toute la validité et la pertinence de nos constructions morales et politiques. Si l’homme est naturellement bon, le mal vient nécessairement de la société elle-même. Si l’homme est naturellement mauvais, seu­le la société peut au con­traire le contraindre à se comporter de manière droi­te. D’un côté, l’apologie du bon sauvage ; de l’autre, le recours inévitable au Léviathan.


C’est qu’en effet un discours moral ou politique doit se fonder sur une juste évaluation de la nature humaine. Que l’homme soit in­trinsèquement un loup pour ses semblables, par exemple, et tous les appels à la bienveillance ou à la charité sonneront comme d’insupportables mièvreries. Dans ce cas de figure, l’harmonie de la cité ne pourra être maintenue qu’à l’aide d’un pouvoir répressif et policier, voire à travers la défense de l’« intérêt bien entendu » (il faudrait alors persuader le ci­toyen qu’il a indivi­duelle­ment intérêt à s’associer aux autres hommes, et qu’il trouvera ainsi un avanta­ge plus grand que s’il s’était comporté de manière purement égoïste ; mais, paradoxalement, ce désir d’association se fondera toujours alors sur un égoïsme fondamental, jugé indépassable).


Admettons en revanche que l’homme soit intrinsèquement bienveillant et charitable. Dans ce second cas de figure, le cynisme d’une mo­rale ou d’une politique désenchantée contribuerait à éteindre en nous la flamme de l’amour, à dessécher no­tre ferveur et à nous corrompre. C’est plutôt en nous encourageant à exprimer librement notre générosité gratuite et désintéressée qu’on nous pousserait à donner le meilleur de nous-mêmes, et à exprimer le plus dignement notre humanité.


Mais ces schémas de pensée sont-ils adéquats à la réa­lité de notre nature ? L’homme se lais­se-t-il enfermer dans une anthropologie dualiste, où il serait soit considéré comme bon, soit comme mauvais ? Faut-il que tout le mal vienne de l’individu, et tout le bien de la société, ou qu’inversement tout le mal vienne de la société, et tout le bien de l’individu ? L’homme n’est-il pas plutôt une personne, c’est-à-dire un être certes autonome et singulier, mais en même temps connecté aux autres, et par cela même à la fois bon et mauvais, ou plutôt généreux et intéressé.


En définitive, on peut sans doute dire que l’homme, comme le monde, est fait d’ambivalence. Sa na­ture n’est pas une réponse, mais une question.

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