Anaximandre est un philosophe grec du VIe siècle avant Jésus Christ, dont nous ne possédons plus que quelques fragments et aphorismes, et qui aurait écrit son ouvrage majeur, De la nature, à l’âge de 64 ans. Il appartient à cette génération d’auteurs -qualifiés de « présocratiques » - qui ont donné naissance à la pensée occidentale...

Anaximandre incarne une époque où la philosophie s’articulait encore autour de principes naturalistes et vitalistes.

Jacob Burckhardt considérait que l’histoire, de toutes les disciplines de l’esprit, est celle qui permet le mieux de mesurer la vanité des prétentions humaines.


L’étude des ères passées, en nous sensibilisant à des manières d’être différentes des nôtres, nous impose en effet de nuancer et relativiser nos jugements. Devant les réussites et les échecs de ceux qui nous ont précédés, nous ne pouvons plus nous représenter notre époque, quelle qu’elle soit, comme le sommet de la civilisation ; l’humanité n’a jamais cessé d’être la même, dans ses faiblesses et dans sa grandeur, et les nobles réalisations que nous accomplissons ici ou là ne sauraient dissimuler les indicibles horreurs que nous continuons à intervalles réguliers de commettre. Les peuples d’autrefois, dès lors qu’ils nous ont été rendus familiers par un effort sincère de compréhension, ne peuvent plus nous apparaître comme les primitifs qu’on a longtemps voulu voir en eux, aux temps, guère lointains, où l’Occident se pensait encore comme le fer de lance d’un progrès qui mènerait progressivement la terre vers les lumières éclatantes de la raison. Depuis cette immense période d’espérances, les utopies ont pris des formes politiques concrètes : elles ont voulu instaurer des « empires de mille ans » ou des « dictatures de libération prolétarienne », qui, chaque fois, ont surtout charrié à leur suite l’odeur nauséabonde et amère des morts, des tirs de canon et des brasiers. Quant à la rationalité, chargée de déjouer l’obscurantisme et de planifier l’édification du meilleur des mondes, elle est sortie pour le moins ébranlée des sévères critiques auxquels l’ont exposée les sciences actuelles. On ne croit plus aujourd’hui que l’univers fonctionne selon des lois mathématiques ; tout au plus accepte-t-on de considérer que les modèles théoriques forgés par l’entendement sont en mesure, dans certains cas, de rendre compte du réel, quitte à devoir forcer un peu le tour de la vie pour la faire entrer manu militari dans le cadre étriqué de nos concepts. Le progrès, à bien des égards, n’est plus lui-même qu’un mythe, à nos yeux, comme tous les mythes qu’il avait lui-même prétendu démystifier, et le formidable renouvellement du savoir historique, soucieux de réhabiliter l’anthropologie des populations dites « sauvages », en aura été le dernier fossoyeur en date…


Mais l’étude de l’histoire a un autre avantage. En plus de nous rapprocher des cultures anciennes, et de nous faire comprendre combien elles étaient culturelles, précisément, elles aussi, c’est-à-dire à quel point nous aurions tort de nous croire radicalement supérieurs à elles, le regard que nous jetons sur le passé nous préserve de la nostalgie. Certains veulent croire leurs rêves de paix universelle réalisables dans un avenir lointain ; d’autres se consolent en pensant que les hommes, en d’autres âges, furent plus parfaitement heureux que nous ne le sommes. Mais l’histoire a pour tâche de nous rappeler que les rêves n’existent pas. Partout, en tout temps, en tout lieu, la réalité seule nous cerne, dans son éprouvante et terrible ambivalence.


Les progrès que nous accomplissons sont précaires et partiels ; les régressions auxquelles nous sommes confrontés ne durent pas davantage, pourvu que nous prenions collectivement la peine de les enrayer. Sous tous ses aspects, le temps est ouvert ; on y verra une incitation à agir, ou à désespérer. Au fond, les deux attitudes sont légitimes. Le sage est peut-être celui qui parvient à les concilier.

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